Prendre sa retraite au Portugal est un projet que des dizaines de milliers de Français ont concrétisé depuis 15 ans. Le climat, le coût de la vie, la sécurité, l'accueil chaleureux et une fiscalité longtemps très avantageuse ont porté un mouvement massif. En 2026, le paysage fiscal a changé — la fin du régime RNH et l'exclusion des retraités du nouveau dispositif IFICI redistribuent les cartes. Cet article fait le point sur la fiscalité réelle en 2026, les démarches concrètes, ce qui reste attractif, et comment organiser un déménagement en deux temps pour un projet sécurisé.
Mise en garde : la fiscalité internationale évolue rapidement, et l'application à votre situation dépend de nombreux facteurs personnels (nature des pensions, patrimoine, nationalité, composition familiale). Cet article donne les grandes lignes 2026 mais ne remplace pas un conseil personnalisé auprès d'un conseiller fiscal ou d'un avocat spécialisé en fiscalité internationale.
Ce qui a changé : la fin du RNH
De 2009 à 2023, le régime des Résidents Non Habituels (RNH) offrait aux nouveaux résidents étrangers une fiscalité très allégée pendant 10 ans :
- Pour les retraités : imposition à taux réduit sur les pensions privées étrangères
- Pour les actifs : exonération sur certains revenus étrangers
- Une simplicité redoutable, un argument marketing puissant
Le régime a été supprimé fin 2023 pour les nouvelles demandes. Les personnes déjà inscrites au RNH conservent le bénéfice jusqu'à la fin de leurs 10 ans.
Le régime successeur : l'IFICI
En 2024, un nouveau régime, IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação), est entré en vigueur. Il vise à attirer les talents dans la recherche, l'innovation, les industries stratégiques.
Point crucial pour notre sujet : les retraités sont explicitement exclus de l'IFICI. Ce dispositif ne concerne que les actifs qualifiés dans des secteurs ciblés.
Résultat : un retraité français qui s'installe au Portugal en 2026 relève désormais du régime fiscal portugais standard, sans dispositif spécifique.
La convention fiscale franco-portugaise
Signée en 1971 et modifiée depuis, la convention bilatérale évite la double imposition entre les deux pays. Elle distingue plusieurs types de revenus.
Les pensions publiques
Une pension publique (fonction publique d'État, magistrature, militaires, etc.) reste imposée dans le pays qui la verse, donc en France, sauf si vous êtes ressortissant portugais.
Conséquence : votre pension de retraité de la fonction publique française continue d'être soumise à l'impôt français, même si vous vivez à Cascais ou à Lisbonne. Vous êtes donc rattaché à un centre des impôts des non-résidents en France pour cette part.
Les pensions privées
Une pension du régime général (CNAV), des complémentaires (Agirc-Arrco), ou des régimes spéciaux privés (RATP, SNCF selon les cas, etc.) est imposée dans le pays de résidence, donc au Portugal.
Pour un retraité résidant fiscalement au Portugal, ces pensions sont soumises au barème progressif portugais (IRS) :
- Jusqu'à 8 059 € : 13,25 %
- 8 060 à 12 160 € : 18 %
- 12 161 à 17 233 € : 23 %
- 17 234 à 22 306 € : 26 %
- 22 307 à 28 400 € : 32,75 %
- 28 401 à 41 629 € : 37 %
- 41 630 à 44 987 € : 43,5 %
- 44 988 à 83 696 € : 45 %
- Au-delà de 83 696 € : 48 %
Tranches 2026 indicatives, à vérifier avec un conseiller fiscal.
Les carrières mixtes
Beaucoup de retraités cumulent pension publique (rare) + régime général (CNAV) + complémentaires (Agirc-Arrco). Chaque composante suit sa règle propre selon la convention.
Le fisc français vous délivre une attestation de résidence fiscale à l'étranger qui permet de faire jouer la convention et d'éviter les doubles retenues.
La suppression de la CSG-CRDS : un vrai gain
Un retraité résident au Portugal, affilié à la sécurité sociale portugaise ou couvert par un formulaire S1, est exonéré de CSG-CRDS sur ses pensions françaises. C'est une économie automatique et significative :
- CSG à 8,3 % sur les pensions de retraite
- CRDS à 0,5 %
- CASA à 0,3 %
Soit environ 9 % de gain net par rapport à un résident fiscal français, à pension équivalente. C'est un avantage qui vaut mécaniquement plusieurs milliers d'euros par an pour une pension moyenne.
Ce qui reste attractif au Portugal en 2026
Même sans RNH, le Portugal conserve de vrais atouts pour un retraité.
Pas d'IFI portugais
L'équivalent portugais de l'impôt sur la fortune immobilière n'existe pas. Vos biens immobiliers portugais et étrangers ne sont pas taxés annuellement au titre de la fortune. Sur un patrimoine immobilier de 2 M€, l'économie annuelle par rapport à la France peut être de plusieurs milliers d'euros.
IMI faible
L'Imposto Municipal sobre Imóveis (taxe foncière portugaise) est nettement plus faible que la taxe foncière française. Taux typiques : 0,3 à 0,8 % de la valeur cadastrale, souvent bien inférieure à la valeur de marché. Pour un bien de 400 000 €, comptez souvent 500 à 1 500 € par an d'IMI, contre 1 500 à 4 000 € de taxe foncière équivalente en France.
Succession en ligne directe : 0 €
Le Portugal ne prélève pas de droits de succession en ligne directe (enfants, conjoint, ascendants). C'est un avantage patrimonial majeur, surtout pour les patrimoines conséquents. Comparez avec les droits français qui peuvent atteindre 45 % sur la part taxable.
Les autres bénéficiaires (frères, sœurs, cousins, tiers) supportent un droit de timbre de 10 %, forfaitaire.
Coût de la vie et santé
Une consultation médecin généraliste privé à 40-60 €, un scanner à 100-150 €, une hospitalisation en clinique de qualité à des tarifs très inférieurs à la France : le rapport qualité-prix médical reste très favorable au Portugal.
Le formulaire S1 et l'accès au SNS
Le S1 est un formulaire européen qui permet à un retraité français résidant dans un autre pays UE de bénéficier de la prise en charge médicale du pays de résidence, tout en restant rattaché à la sécurité sociale française.
Comment ça marche :
- Vous demandez le S1 à votre caisse d'assurance maladie française (CPAM ou CNAV)
- Vous le déposez au Centro Nacional de Pensões portugais
- Vous êtes inscrit au SNS (Serviço Nacional de Saúde) portugais
- La CPAM rembourse les soins au SNS via les mécanismes européens
Vous conservez votre carte Vitale (utile en cas de retour ponctuel en France) et vous obtenez votre carte SNS portugaise.
Notre article réactiver sa sécurité sociale au retour en France détaille aussi les mécanismes de retour éventuel.
Budget mensuel : couple retraité au Portugal
| Poste | Hors zones tendues | Porto / Silver Coast | Lisbonne / Algarve premium | |-------|-------------------|---------------------|---------------------------| | Loyer T2/T3 ou charges | 700 € | 1 000 € | 1 500 € | | Alimentation | 500 € | 550 € | 600 € | | Utilities | 180 € | 200 € | 220 € | | Complémentaire santé | 120 € | 120 € | 150 € | | Voiture, transport | 200 € | 200 € | 250 € | | Loisirs, restaurants | 300 € | 400 € | 500 € | | Total mensuel | 2 000 € | 2 500 € | 3 200 € |
Ces budgets s'entendent pour un couple retraité avec un mode de vie confortable, sans excès. Ils peuvent baisser en zone rurale intérieure (Alentejo, Beira) ou augmenter en cas de sorties fréquentes, voyages, second logement.
Louer avant d'acheter : la règle d'or
L'erreur classique : arriver, tomber amoureux d'une maison en Algarve en juillet, l'acheter, et découvrir en janvier qu'elle est humide, isolée en basse saison et loin des services médicaux dont vous aurez besoin dans 10 ans.
Louez au moins 12 mois dans la région envisagée. Vous testez :
- Les hivers (humidité, froid, isolement)
- Les étés (bondé ou tolérable)
- L'accès aux soins
- Les commerces
- L'ambiance sociale
- Les trajets vers les aéroports (pour recevoir la famille)
Beaucoup de retraités qui rentrent en France après quelques années au Portugal (voir pourquoi les Français quittent le Portugal) auraient évité l'aller-retour en louant d'abord.
Le déménagement en deux temps avec garde-meubles
Notre recommandation à des dizaines de couples retraités qui préparent le Portugal : déménager en deux temps.
Temps 1 : la vie à distance
- Vous emportez au Portugal ce qui est indispensable pour vivre confortablement en location (1 palette à 5 m³ selon votre style de vie)
- Vous stockez en France le reste (mobilier de valeur, souvenirs, cartons long terme) en garde-meubles sécurisé
- Vous louez un logement portugais meublé ou semi-meublé
- Vous testez la vie sur place pendant 12 à 24 mois
Pour un très petit volume, la solution palette est parfaite. Notre page palette Portugal détaille les modalités.
Temps 2 : la consolidation
- Si le projet est confirmé, vous achetez ou signez un bail long
- Vous organisez le rapatriement du garde-meubles français vers le Portugal en une seule opération
- Le déménagement final est calibré sur votre nouveau logement définitif
Cette méthode réduit fortement le risque de faire un déménagement complet, puis un déménagement retour 18 mois plus tard. Elle est aussi psychologiquement plus douce : vous ne coupez pas tous les ponts d'un coup.
Voir aussi notre article dédié au déménagement retour en France à la retraite pour les couples qui envisagent l'inverse (rentrer en France depuis une expatriation retraite ailleurs).
Démarches à faire avant de partir
12 à 18 mois avant
- Consulter un conseiller fiscal spécialisé en fiscalité internationale franco-portugaise
- Faire le point sur la liquidation des retraites (CNAV, Agirc-Arrco, éventuelles retraites étrangères)
- Vérifier le régime des placements (assurance vie, PEA : la résidence portugaise change certains traitements)
- Anticiper les arbitrages patrimoniaux (vente ou location du logement français, planification successorale)
6 à 12 mois avant
- Obtenir votre NIF portugais (à distance possible via un représentant fiscal)
- Ouvrir un compte bancaire portugais (à distance dans certaines banques)
- Demander le S1 auprès de votre caisse
- Rechercher un logement en location au Portugal
- Demander un devis de déménagement France-Portugal
3 à 6 mois avant
- Prévenir votre caisse de retraite de votre changement d'adresse et de résidence fiscale
- Prévenir votre centre des impôts français (formulaire 2042 avec case « départ à l'étranger »)
- Prévenir votre banque française (attention aux blocages « expatriés »)
- Signer le devis de déménagement
- Préparer la vente ou la mise en location du logement français
1 mois avant
- Résilier les contrats (assurance habitation, énergie, télécom, mutuelle éventuelle)
- Suivre le courrier
- Faire les copies notariées des documents importants (actes de propriété, testaments, contrats de mariage)
- Notre guide quitter la France définitivement détaille toutes ces étapes
Retour en France si le projet ne fonctionne pas
Rentrer en France depuis le Portugal est administrativement simple :
- Sécurité sociale : réactivation via la CPAM et le S1 inversé si applicable
- Fiscalité : retour au régime de résident fiscal français, CSG-CRDS de nouveau applicable
- Mobilier : déménagement retour, en camion dédié ou groupage
- Voiture : rapatriement et immatriculation française (voir rapatriement de voiture depuis l'étranger)
Notre article pourquoi les Français quittent le Portugal analyse les motifs et donne la méthode pour un retour serein.
Voir aussi le guide complet du retour en France après expatriation et les aides pour le retour en France.
Pour aller plus loin
- Consulter les prix, délais et solutions du déménagement France-Portugal
- Comprendre les conditions pour s'installer au Portugal
- Anticiper via pourquoi les Français quittent le Portugal
- Lire le déménagement retour en France à la retraite
- Détails sur le transport de voiture France-Portugal
- Voir la page destination France-Portugal
- Découvrir la solution palette Portugal, idéale pour un déménagement en deux temps
- Explorer nos solutions internationales et notamment le maritime et aérien pour les projets qui incluent Madère ou les Açores
Avec quinze ans d'expérience et un réseau dans plus de 60 pays, notre équipe accompagne chaque année des couples retraités dans leur installation au Portugal, avec une prédilection pour les projets « en deux temps » qui sécurisent le choix de vie.